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| Alors, êtes-vous vraiment un golfeur ? | |
Le golf est aussi une rencontre avec soi-même. Encore faut-il oser se mettre en jeu. Il y a quelques semaines, j'ai accompagné mon épouse au Grand Prix Seniors de Bondues, près de Lille, en France. Bondues offre à ses membres comme à ses visiteurs deux magnifiques parcours de 18 trous, entretenus dans des conditions remarquables. C'est un club auquel je suis particulièrement attaché : j'y ai moi-même été membre à la fin des années 1980 et j'y ai noué de belles amitiés. J'ai donc été surpris d'apprendre, au fil de notre conversation, qu'elle avait abandonné toute compétition, y compris celles organisées par son club. La raison ? Elle ne supportait plus le stress associé au parcours, carte de score en main. Elle n'y trouvait plus aucun plaisir. Désormais, elle jouait quelques parties amicales ou, plus souvent encore, partait seule sur le parcours. Elle se concentrait sur ses impacts de balle, cherchait à maîtriser ses trajectoires et travaillait les mouvements de son corps pour les produire. Elle éprouvait un plaisir intense, personnel, presque intime. Je pouvais comprendre ce plaisir. Mais devant le contraste entre son immense talent, son enthousiasme apparent et son refus de se confronter désormais à la compétition, j'ai ressenti une profonde tristesse. Une newsletter, le lendemain matin… Un golfeur sans handicap ! Apprenant qu'il se rend au British Open de Royal Birkdale, Tim saisit l'occasion et lui pose une question en apparence anodine : Son compagnon répond avec enthousiasme. Il lui raconte comment, à l'âge de douze ans, il est tombé amoureux du golf en regardant Tiger Woods remporter le Masters de 1997. Il ne regarde pratiquement que des émissions de golf, n'écoute que des programmes consacrés à ce sport et vient de rentrer d'un séjour annuel dans une école de golf en Arizona. Il fréquente plusieurs clubs, participe à leurs comités, s'investit dans le développement du golf chez les jeunes et soutient même des travaux universitaires consacrés à l'amélioration des gazons. Sa bibliothèque de livres de golf ferait pâlir d'envie un spécialiste. Quant à ses jumeaux de huit ans, ils apprennent les subtilités du swing auprès d'experts reconnus. La réponse tombe, inattendue : Tim est déconcerté. Son voisin connaît tout du golf, s'y investit corps et âme, mais ne joue pas sur le parcours. L'homme finit par lui confier que le premier départ lui fait peur. Il redoute les regards, le jugement des autres et l'exposition de ses faiblesses. Il préfère donc continuer à apprendre, à s'informer et à s'investir dans la vie des clubs. Et puis, avoue-t-il, il adore le clubhouse, ses commodités et la convivialité qu'il y trouve auprès de ses amis golfeurs. La question de Tim prend alors tout son sens : peut-on se définir comme golfeur sans jamais accepter de jouer sur le parcours ? La conclusion de sa parabole est sans détour : un golfeur se révèle sur sa carte de score, pas seulement dans son swing. Ce qui compte, c'est ce qui se passe sur le parcours, et pas uniquement au practice ou au clubhouse. Cette lecture m'a immédiatement rappelé une réflexion qu'un joueur du Tour européen, ayant participé à trois Ryder Cups, m'avait un jour confiée. « Giulio, si tu veux savoir si tu as affaire à un véritable golfeur, attends qu'il arrive au bar après son parcours. Demande-lui comment il a joué. S'il te donne son score, puis passe sa commande, tu sais que tu as affaire à un golfeur ! » Cette remarque m'avait amusé. Aujourd'hui, elle prend une autre dimension. D'un côté, il y a ceux qui privilégient le plaisir du jeu, la convivialité, les amis, le clubhouse et les bons moments partagés. De l'autre, ceux qui acceptent de se mesurer au parcours, de compter leurs coups et de rendre une carte. Faut-il pour autant opposer ces deux façons d'aimer le golf ? Mais je crois aussi que nous passons à côté d'une dimension essentielle du golf lorsque nous refusons systématiquement de nous mettre en jeu. Car le parcours nous place face à nous-mêmes. Il nous confronte à nos limites, à nos émotions, à nos choix et à nos erreurs. Il nous apprend à accepter un mauvais coup, à poursuivre malgré une contre-performance et à recommencer sans garantie de réussite. Au practice, nous pouvons recommencer un coup jusqu'à obtenir le résultat souhaité. Sur le parcours, il faut jouer la balle qui repose devant nous et composer avec la situation telle qu'elle se présente. C'est une expérience différente. Et elle ne se résume pas à la recherche d'un bon score. Oser se mettre en jeu. Oser se mettre en jeu. Depuis ses origines, le golf est souvent décrit comme un lonely game, un jeu solitaire. Même en compétition, face à d'autres joueurs, nous restons seuls responsables de nos décisions et de nos coups. Notre adversaire le plus exigeant n'est-il pas, finalement, nous-mêmes ? Elle ne dit pas qui nous sommes. Elle nous aide à comprendre où nous en sommes. Alors, à vous qui aimez le golf pour les rencontres, les amitiés, les moments partagés et le plaisir de jouer, j'aimerais adresser une invitation plutôt qu'une leçon. Pourquoi ne pas vous lancer ? Pourquoi ne pas prendre une carte de score et vous mesurer, vous aussi, au parcours ? Pas pour prouver quoi que ce soit aux autres. Pas pour devenir un compétiteur à tout prix. Mais pour découvrir une autre dimension de ce sport, apprendre à mieux vous connaître et éprouver la satisfaction d'avoir accepté le défi. Vous ferez peut-être un mauvais score. Vous connaîtrez sans doute quelques frustrations. Mais vous découvrirez aussi des satisfactions que le practice ne peut pas toujours offrir. Et surtout, vous comprendrez qu'il n'est pas nécessaire de bien jouer pour oser se mettre en jeu. Car, au fond, la carte de score ne définit pas votre valeur. Elle témoigne simplement de votre volonté d'affronter le parcours et de vous confronter à vous-même. Alors, soyez vous-mêmes, jouez pour le plaisir, partagez de bons moments… mais n'ayez pas peur de vous lancer ! |
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