Quand mon élève a pris… quatre coachs !
 

 

Une petite histoire de golf qui m’a fait réfléchir très sérieusement à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans notre métier.

Au mois de mars dernier, un de mes anciens élèves, que j’ai accompagné pendant plus de vingt-cinq ans, m’a appelé. Il était désespéré. Depuis plusieurs semaines, il n’arrivait pratiquement plus à lever une balle. Ses coups partaient rasants, sans hauteur et, malgré tous ses efforts, le problème persistait.
Il m’a demandé de regarder son swing.

Nous avons travaillé ensemble. Quelques explications, quelques démonstrations, quelques exercices et surtout quelques sensations que je voulais lui faire retrouver. Un quart d’heure plus tard, les balles avaient retrouvé leur envol normal.
Mon ami, visiblement soulagé, m’a alors demandé s’il pouvait me filmer pendant que je lui faisais une démonstration de l’action et des positions que je lui demandais de reproduire.

Je pensais simplement lui laisser une sorte de « pense-bête vidéo ».
Une semaine plus tard… je n’avais plus de nouvelles et commençais à me demander si le swing était toujours là… et, accessoirement, s’il avait finalement apprécié mes conseils !
Je prends donc de ses nouvelles.

Il me répond avec beaucoup d’enthousiasme, mais également avec un vocabulaire golfique assez inhabituel chez lui.
Et là, je découvre qu’il avait utilisé quatre intelligences artificielles différentes pour analyser son swing et vérifier les conseils que je lui avais donnés. Et qu’il « dialoguait » régulièrement avec elles à propos de son golf.

Ma première réaction a été de trouver cela amusant.
La seconde a été beaucoup plus sérieuse.
Car mon élève venait de me montrer quelque chose d’important.
L’IA est déjà dans les mains de nos élèves.
Nous, professionnels du golf, avons peut-être tendance à considérer l’intelligence artificielle comme une évolution à venir.
Or elle est déjà dans les mains de nos élèves.

Et pas uniquement dans celles de jeunes joueurs passionnés de technologie.
Un golfeur prend un cours avec son professionnel, filme son swing, rentre chez lui, montre la vidéo à une IA, lui pose des questions, demande une explication différente, compare les réponses… et revient éventuellement au practice avec de nouvelles interrogations.

Dans mon cas, mon élève n’avait pas cherché à me remplacer.
Il avait voulu comprendre, vérifier, prolonger et approfondir ce que nous avions travaillé ensemble.

Et c’est précisément ce qui me paraît intéressant.
Une nouvelle boîte à outils pour le professionnel ?
L’intelligence artificielle pourrait-elle devenir un outil supplémentaire au service du professionnel plutôt qu’un concurrent ?

Je ne parle évidemment pas ici d’une machine qui viendrait remplacer l’œil, l’expérience ou la relation humaine entre un enseignant et son élève.
Je parle d’un nouvel outil qui pourrait intervenir dans l’analyse vidéo, le suivi du joueur, la préparation d’une séance, la stratégie de parcours, l’exploitation de données, la communication avec l’élève ou encore la personnalisation des exercices.

Le récent dossier de Golf Digest, « How AI Will Transform Your Game », m’a justement interpellé parce qu’il montre que cette évolution n’est plus simplement théorique.

Publié par Curtis Gillespie le 26 mai 2026, l’article explore notamment l’analyse du swing par IA, la stratégie de parcours, l’accompagnement mental et l’évolution possible vers des outils capables de dialoguer directement avec le joueur. (Lire l’article de Golf Digest).

L’un des points qui m’intéresse particulièrement est cette évolution vers une IA capable non seulement de donner une information, mais de dialoguer avec le joueur en fonction de son niveau, de ses données et de sa situation.
C’est une différence considérable.

Car enseigner le golf, ce n’est pas seulement dire à quelqu’un où placer son club ou comment tourner ses épaules. C’est aussi savoir quoi lui dire, quand le lui dire et surtout comment le lui faire comprendre.

Et c’est justement là que l’expérience du professionnel restera, à mon sens, essentielle. Car si l’IA peut analyser, le professionnel doit encore enseigner.
Voir un mouvement n’est pas encore enseigner.
Une vidéo peut être décortiquée, des positions peuvent être comparées, des données peuvent être croisées, des tendances peuvent être identifiées.

Mais entre « voir » un mouvement et faire comprendre à un joueur pourquoi il doit changer quelque chose, il existe une différence fondamentale.
Le professionnel connaît son élève. Il connaît son histoire, il sait ce qu’il a déjà essayé. Il connaît ses habitudes, ses réactions, ses capacités physiques, ses appréhensions et parfois même ses expressions lorsqu’il n’a pas compris quelque chose !

Cette dimension humaine ne disparaît pas avec l’IA. Elle pourrait, au contraire, prendre encore davantage de valeur. Mais alors, une question se pose à notre profession : sommes-nous suffisamment préparés ? Une nouvelle compétence pour les professionnels ? Je me pose cette question autant pour moi que pour les jeunes générations de professionnels.

Nos élèves vont apprendre à utiliser l’IA. Ils vont apprendre à filmer leur swing, ils vont poser des questions, ils vont confronter les réponses, ils vont découvrir des outils dont nous ne connaissons peut-être pas encore toutes les possibilités.
Dès lors, il me paraît difficile d’imaginer que la profession puisse rester spectatrice de cette évolution. Je suis même convaincu qu’il devient nécessaire de se former à l’intelligence artificielle. Pas pour devenir informaticien. Pas pour remplacer notre enseignement. Mais pour comprendre les outils, connaître leurs possibilités, leurs limites, leurs erreurs possibles et surtout apprendre à les intégrer intelligemment dans notre travail.

La PGA a peut-être un nouveau rôle à jouer
C’est pourquoi je pense que nos organisations PGA devraient rapidement réfléchir à la mise en place de formations consacrées à l’intelligence artificielle et à ses applications dans le golf.

Comment poser les bonnes questions à une IA ? Comment utiliser un outil d’IA avec un élève sans perdre la dimension humaine de l’enseignement ? Comment construire un suivi personnalisé ? Comment exploiter intelligemment les données ? Comment vérifier une réponse donnée par une IA ? Et surtout :
comment faire de cette technologie un prolongement de notre savoir-faire plutôt qu’un substitut à celui-ci ?

L’évolution est d’ailleurs suffisamment concrète pour intéresser désormais les instances du golf au-delà du simple enseignement. Le 27 mai 2026, l’USGA a annoncé le lancement progressif d’un outil de questions-réponses fondé sur l’IA pour les règles du golf, construit à partir de sa documentation sur plus de 130 ans de règles. Cette évolution montre bien que l’intelligence artificielle commence à s’installer dans différentes dimensions de notre sport. Et finalement… merci à mon élève !

Sans le savoir, mon ancien élève m’a peut-être rendu un joli service. En quinze minutes, je lui ai permis de retrouver son swing. Une semaine plus tard, lui m’a permis de découvrir quelque chose que je n’avais pas encore vraiment mesuré :
l’un de mes élèves venait de faire entrer quatre intelligences artificielles dans mon cours de golf.
Je ne sais pas lequel de nous deux a le plus appris ce jour-là. Mais je sais une chose : L’IA est déjà dans nos practices. La question n’est donc probablement plus de savoir si elle va entrer dans le golf. Elle y est.

La vraie question est de savoir quelle place nous, professionnels, allons choisir de lui donner. Et peut-être surtout… combien de temps encore allons-nous attendre avant d’apprendre à nous en servir ?
 
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